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Le manifeste des 19, texte mythique

27-01-2005

" Manifeste des 19 "



Nous avons retrouvé l'un des écrits mythiques de l'histoire de l'escalade.
Vingt ans après, la lecture de ce texte permet d'ouvrir une réflexion sur le devenir de l'escalade... et de la compétition :

1985. Voilà dix ans que l’escalade libre se développe en France. Objet de moqueries au début, elle constitue aujourd’hui la règle du jeu pour la majorité des grimpeurs.

1985. Différentes compétitions sont prévues en France, certaines organisées par des associations, d’autres par des entreprises commerciales, pour autant, toutes sont sponsorisées. Certains se réjouissent de cette évolution, d’autres non. Nous formons partie de cette seconde catégorie. Nous, c’est-à-dire tous les grimpeurs qui, depuis que nous avons lu et approuvé ce texte, l’avons signé. Personnes qui durant toute l’année investissons notre temps, notre énergie et aussi notre argent pour nous entraîner et grimper.
L’objectif de ce texte n’est pas d’être une analyse des causes qui ont mené à la compétition (ce qui ne serait pas très démocratique), ni de dénoncer un responsable, sinon que de traiter des possibles et probables conséquences d’une évolution future.

Il est faux de croire que la majeure partie des grimpeurs considérée comme faisant partie de l’élite est favorable et disposée à participer aux compétitions futures. Ce manifeste démontre le contraire.
Certains sports comme le football ou le tennis n’existent qu’à travers la compétition, qui est leur seule raison d’être. Mais l’essence de l’escalade est autre. Sa finalité est et doit rester une recherche de la difficulté technique et la recherche d’un objectif chaque fois plus ambitieux. Cela induit une contradiction avec la compétition. Soyons réalistes. Nous pouvons imaginer une compétition basée sur la difficultée pure, mais les contraintes du support sont très diverses. Pour être spectaculaires, les compétitions d’escalade doivent avoir un système d’évaluation compréhensible par tous. D’un autre côté, le problème de tout sport, comme l’escrime et le judo, est qu’il est visuellement trop complexe. Le seul paramètre compréhensible est la vitesse et le verdict du chronomètre. L’escalade se transforme alors en quelque chose qui ressemble au ski alpin : un circuit professionnel avec une monopolisation des sites naturels de pratique plus que préoccupante.

Quant aux compétitions basées sur la compétition pure, que nous apportent-elles de plus ? Elles montrent quels sont les meilleurs grimpeurs ? Pas moins, parce que l’escalade moderne est trop complexe (libre, à vue, flash, solo) pour émettre un jugement définitif.

En réalité, il existe dans l’escalade une sorte de compétition induite (argument principal de ceux qui sont en faveur des compétitions) en plus de la recherche d’une certaine reconnaissance au travers des revues spécialisées. Et alors ? Grâce à cela, il y a eu des progrès fantastiques réalisés ces dernières années. Il serait plus correct de parler d’émulation. Evidemment, il peut y avoir des tensions entre les grimpeurs. Mais elles sont de toute façon inévitables, et ce manifeste, signé par des grimpeurs du Nord et du Sud, montre qu’il est possible d’arriver à un accord sur les principaux arguments. Peut-être que cette vision des choses est un peu individualiste. Mais c’est la vision d’une escalade qui refuse certains modèles de notre société et s’oppose à tous les sports chronométrés, arbitrés, officiels et trop institutionnalisés.

L’escalade à temps complet implique un sacrifice et peut-être une certaine marginalité. Mais cela implique également une aventure, une découverte, un jeu pour lequel chacun fixe ses règles.

Nous ne voulons pas d’entraîneurs ou de sélectionneurs, parce que l’escalade est avant tout une recherche personnelle. Si personne ne réagit, les compétitions, conçues et organisées pour une minorité, peuvent rapidement et avec trop de facilité devenir la référence absolue. Demain, nous aurons peut-être des compétitions avec des participants munis de dossards, retransmises à la télévision. Mais il y aura aussi ceux qui continueront à pratiquer le vrai jeu de l’escalade : les gardiens d’une certaine essence et d’une certaine éthique de l’escalade.

Signé par :
Patrick Berhault, Patrick Bestagno, Eddy Boucher, Jean-Pierre Bouvier, David Chambre, Catherine Destivelle, Jean-Claude Droyer, Christine Gambert, Denis Garnier, Alain Ghersen, Fabrice Guillot, Christian Guyomar, Laurent Jacob, Antoine e Marc Le Menestrel, Dominique Marchal, Jo Montchaussé, Françoise Quintin, Jean-Baptiste Tribout

Source : http://www.kairn.com

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